Jean Anouilh (1910-1987) est né à Bordeaux d’un père tailleur et d’une mère violoniste. Bien qu’il ait commencé à écrire des pièces de théâtre à l’âge de douze ans, Anouilh a d’abord poursuivi des études de droit à la Sorbonne et a travaillé brièvement comme rédacteur publicitaire et scénariste. En 1931, Anouilh épouse l’actrice Monelle Valentin, devient secrétaire de la Comédie des Champs-Élysées de son mentor Louis Jouvet et commence sa carrière d’écrivain. Dans les années 1950, Anouilh était le dramaturge le plus populaire d’Europe. Sa faveur aux yeux du public s’est cependant estompée avec la montée des dramaturges absurdes Ionesco et Beckett. Après la perte de sa popularité critique, Anouilh a abandonné le théâtre pendant plusieurs années. Il revient sur scène tard dans sa vie, écrivant et mettant en scène des pièces qui se distinguent par leur nature politiquement conservatrice et leur ton nostalgique.

Anouilh produit sa première pièce, Humulus le muet, en 1929 en collaboration avec Jean Aurenche. Sa pièce Mandarine est apparue la même année. Ayant décidé de se consacrer entièrement au théâtre, il produit ensuite Y avait un prisonnier (1935), qui sera suivi de son œuvre révolutionnaire, Le voyageur sans bagages (1937), récit naturaliste d’un amnésique qui découvre qu’il mène une vie corrompue et choisit de se défaire de son ancien moi. Bien qu’Anouilh ait continué à écrire des études naturalistes dans le sillage immédiat du voyageur, il est rapidement sous l’influence d’auteurs tels que Giraudoux, Cocteau, Vitrac et Pirandello, et commence à développer un style plus vaste et expérimental. Au cours des décennies suivantes, Anouilh a travaillé dans un certain nombre de genres, allant des tragédies aux farces en passant par les pièces historiques. Il a produit plusieurs œuvres « méta-théâtrales » qui ont pris le théâtre lui-même comme cadre et sujet. Plus tard, il a classé ces œuvres par couleur (noir, rose), qualité (brillant, raté) ou style (baroque). En Amérique, les drames costumés ou historiques d’Anouilh ont été particulièrement bien accueillis, comme L’alouette (1953), sa pièce sur Jeanne d’Arc et le Becket (1959), primé aux Tony Awards.

Tout au long de sa carrière, le drame d’Anouilh a fait l’objet d’une critique politique mordante. Les deux exemples les plus remarquables de sa grande période d’après-guerre sont ses attaques contre Charles de Gaulle dans L’hurluberlu (1958) et Le songe du critique (1960). Antigone, une adaptation du classique de Sophocle produite dans le contexte de la résistance antifasciste française, est l’œuvre d’Anouilh la plus souvent produite aujourd’hui. Antigone a été créée à Paris en 1944, mais Anouilh avait écrit son récit de rébellion solitaire contre l’État deux ans plus tôt, inspiré d’un acte de résistance pendant l’occupation de Paris par les nazis. En août 1942, un jeune homme nommé Paul Collette tire et blesse un groupe de directeurs lors d’une réunion de la Légion collaborationniste des volontaires français. Collette n’appartenait pas à un réseau de résistance ou à un groupe politique organisé, mais agissait entièrement seul et en pleine connaissance de sa mort certaine. Pour Anouilh, l’acte solitaire de Collette — à la fois héroïque, gratuit et futile – saisit l’essence de la tragédie et exige une renaissance immédiate d’Antigone. Conscient de l’attaque à peine voilée d’Anouilh contre le gouvernement de Vichy, les nazis censurent Antigone dès sa libération. Elle est créée deux ans plus tard au Théâtre de l’Atelier à Paris sous la direction d’André Barsacq, quelques mois avant la libération de Paris. La pièce met en vedette Valentin dans le rôle de la princesse condamnée, et prend bientôt un statut canonique dans le théâtre français moderne.

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